Manufacture France Ebauches, le retour du calibre Made In France!

L'histoire de France Ebauches

La genèse de France Ebauches

L'histoire de France Ebauches (FE), société bien connue dans l'industrie horlogère, remonte à sa création le 3 avril 1967. Cette entreprise est le fruit de la fusion de quatre fabriques d'ébauches historiques : Joseph Jeambrun et Cie, Technic Ebauche, Ebauches Cupillard et Fabrique d'Ebauches de Montres du Genevois Annemasse. En combinant leurs forces, Jeambrun, Technic Ebauche, Cupillard et Femga ont créé un leader du marché des ébauches en France. À cette époque, seules sept entreprises étaient actives dans ce secteur en France, dont Parrenin (HP) à Villers-le-Lac, la Sefea (S et INT) et l'Horlogerie de Savoie (Lorsa) à Annemasse.

La filière horlogère française dans les années 60

Dans les années 1960, l'horlogerie française est confrontée à des défis liés à la dispersion des entreprises, ce qui entrave les innovations dans le secteur. La plupart des entreprises sont de petite taille, avec seulement trois d'entre elles employant plus de 200 personnes, et une seule (Lip) étant suffisamment grande pour la fabrication en série. La production nationale de montres est faible, avec un peu plus de 5 millions de montres produites par an, comparées aux 40 millions de montres suisses, aux millions de montres produites par Timex aux États-Unis, ou aux 6 millions fabriqués par Seiko au Japon.

Pour augmenter la production et améliorer la compétitivité, il devient nécessaire de revoir les méthodes de fabrication, de standardiser les pièces, d'améliorer la précision de l'usinage, d'automatiser l'assemblage et de développer la recherche dans le secteur horloger français.

Pour mobiliser les capitaux nécessaires à la fabrication des ébauches, il est nécessaire de regrouper les sept fabricants existants. C'est ainsi que France Ebauches est créée suite à ces fusions-acquisitions. Quatre services centraux sont mis en place, à savoir les services d'études et de recherches, d'exploitation, commercial et financier, qui sont communs à tous les fabricants, dans le but de maintenir une émulation volontaire entre les usines en termes de qualité et de coûts.

La fabrication des ébauches est repensée et rationalisée, avec une réduction du nombre de modèles de 12 à 5 dès 1969, et l'abandon des modèles obsolètes, non rentables ou en concurrence interne avec d'autres mieux positionnés. Les calibres conservés sont améliorés et la production est mécanisée, avec un parc d'outils totalisant 1 000 machines en 1970, réparties sur les cinq sites de production de l'époque.

La monté en puissance de France Ebauches

En 1977, France Ebauches se hisse au rang de deuxième plus grand fabricant mondial d'ébauches, juste après Ebauches SA. Avec une production de 8 millions d'ébauches (FE) et un chiffre d'affaires dépassant les 20 millions de francs, dont 58% réalisés à l'export, l'entreprise emploie alors 710 personnes dans ses sites de Maîche, Villers-le-Lac, Valdahon et Besançon.

Cependant, la croissance de France Ebauches est stoppée en 1981 par une crise de surproduction sur le marché horloger, causée par la concurrence asiatique, la fermeture des frontières des pays en développement et l'arrivée de montres à quartz moins chères.

Pour faire face à cette situation, France Ebauches réagit en diversifiant sa politique commerciale, en conquérant de nouveaux marchés étrangers et en convertissant sa production au quartz. Une nouvelle usine est ainsi ouverte en 1981 à Maîche  ("Usine toujours en activité où les nouveaux calibres FE sont actuellement fabriqués."). En réalisant elle-même l'assemblage des mouvements et des modules, l'entreprise saisit l'opportunité de cette transition technologique pour s'approprier une part de la valeur ajoutée qui était auparavant réservée aux fabricants de montres.

Grâce à cette reconversion réussie, France Ebauches devient dans les années 1980 le premier fabricant horloger français, le premier fabricant d'ébauches de la Communauté économique européenne (CEE) et le sixième fabricant mondial de modules à quartz analogiques. Elle compte alors 835 employés répartis dans ses trois usines situées à Maîche et Valdahon.

En 1983, France Ebauches ouvre une filiale à Hong Kong, et deux ans plus tard, elle établit une usine de montres sous la marque Titan en Inde, près de Bombay, avec un transfert de technologie au profit de Tata Industry Ltd.

À la fin de la décennie, France Ebauches propose une gamme de 14 mouvements mécaniques et 19 mouvements à quartz.

France Ebauches un leader incontestable

France Ebauches, confrontée à de nouveaux défis en 1988, voit une partie de ses employés se regrouper au sein d'une holding appelée SA Eurexhor pour racheter la participation de la Société de Microélectronique et d'Horlogerie (SMH), une société suisse qui deviendra plus tard le Swatch Group.

En 1990, François Perret, actionnaire majoritaire de France Ebauches, s'associe avec China Light, basée à Pékin, pour pénétrer le marché chinois. Ainsi, France Ebauches détient désormais 70 % du capital de France Ebauches Company Ltd, qui emploie 700 ouvriers et prévoit de produire 700 000 mouvements, 1 000 000 de modules à quartz et 725 000 bobines. En réalité, la société produit 14 millions de mouvements en 1990, emploie 1 000 salariés et génère un chiffre d'affaires de 320 millions de francs.

Le Déclin de France Ebauches dans les années 90

La baisse des prix de vente des montres a entraîné des difficultés financières pour France Ebauches, qui se sont accentuées à partir de 1992. En 1994, la société n'a fabriqué que 8 millions de mouvements, employant 349 salariés et réalisant un chiffre d'affaires de 200 millions de francs, ce qui l'a finalement contrainte à déposer le bilan le 9 mai 1994.

Les causes de ces difficultés sont multiples. Tout d'abord, la concurrence acharnée et la baisse des prix entre 1989 et 1994 ont eu un impact significatif sur le prix unitaire des mouvements, qui a chuté de 40 %. Cette baisse impactant plus fortement les fabricants spécialisés dans le seul mouvement que les entreprises allant jusqu'au produit fini, la montre (les Japonais Seiko et Citizen, et le Suisse SMH notamment).

En outre, la crise horlogère mondiale qui a débuté en 1989-1990 n'a pas été anticipée suffisamment tôt par France Ebauches, qui n'a pas adopté une politique commerciale assez agressive pour faire face à cette situation. De plus, la répartition de la fabrication entre quatre sites en France, ainsi que l'assemblage dans d'autres sites en Tunisie, à l'île Maurice et en Chine, a entraîné la mise en place d'une logistique complexe et coûteuse, reflétant la volonté de maîtriser au maximum la production en interne.

Par ailleurs, France Ebauches avait sa filiale de Hong Kong, France Ebauches Horological Co, comme l'un de ses principaux clients, dont les mauvais résultats ont eu un impact négatif sur ses propres comptes.

En octobre 1994, l'entreprise a été reprise sous le nom de Société nouvelle France Ebauches, avec une participation de 50 % de China Ressources et de 50 % du groupe Huit. China Ressources est une multinationale basée à Hong Kong, fondée en 1948, qui possède environ 40 sociétés et plus de 100 filiales, et emploie 10 000 personnes à Hong Kong, avec des liens étroits avec la République populaire de Chine. Le groupe Huit, quant à lui, est composé de la Société civile du Personnel de France Ebauches, qui rassemble une partie des cadres et du personnel français.

Tous les sites de production ont été vendus, à l'exception de celui de Valdahon, qui a regroupé l'ensemble de l'activité en 1995. La fabrication a été restructurée avec l'externalisation de certaines productions à des sous-traitants, et une réduction significative du nombre de mouvements produits, ramené à 32.

Par ailleurs, la participation de France Ebauches dans Titan, en Inde, a été revendue. Cependant, les difficultés persistent, en grande partie en raison de la pression continue sur les prix que la société n'est pas en mesure de suivre.

Nouveau propriétaire pour France Ebauches, devenue Technotime Microtechnique

La célèbre entreprise horlogère France Ebauches, qui avait connu des difficultés financières et déposé le bilan en 1994, a été rachetée le 7 mars 2000 par le groupe Wellgain Precision Products Ltd, basé à Hong Kong. La société a alors été rebaptisée SA Technotime Microtechnique, sous la marque TT.

En 2003, Technotime Microtechnique a pris un virage stratégique en se recentrant sur la fabrication de mouvements mécaniques haut de gamme. Elle a également établi un partenariat avec l'université de Franche-Comté pour produire en interne ses propres spiraux à partir de 2005. Cette décision faisait suite à l'acquisition par France Ebauches dans les années 1980 de la société bisontine des Spiraux français, spécialisée dans la fabrication de spiraux pour montres.

Grâce à ces changements, l'effectif de Technotime Microtechnique a augmenté pour atteindre 100 personnes en 2005. Cependant, malgré ses efforts pour commercialiser ses mouvements, l'entreprise n'a pas réussi à obtenir le succès escompté. En conséquence, elle a été placée en redressement judiciaire en juillet 2009. Finalement, l'usine de Valdahon, dernier site de production, a dû fermer ses portes le 16 novembre 2009, entraînant le licenciement des 38 membres du personnel.

Le groupe Festina relance la production de mouvements français France Ebauches (FE)

Depuis 2017, le groupe Festina, propriétaire de l'emblématique entreprise de fabrication de mouvements française, France Ebauches, a entrepris de relancer la production de deux modèles mécaniques FE.

Ces nouveaux mécanismes s'appuieront sur le savoir-faire des mouvements historiques France Ebauche (FE) et Soprod dans leur conception.

Les nouveaux mouvements France Ébauches se positionnent sur un segment premium.

Ces mouvements seront spécifiquement destinés aux montres françaises et arboreront la mention "made in France".

La manufacture historique de France Ebauches, située au 2 Rue Henri Rotschi, 25120 Maîche France, dispose toujours de son parc machine historique et complété récemment par de toutes nouvelles machines autonomes à commande numérique moderne

Akrone fait le choix de la manufacture France Ebauches pour intégrer leurs calibres dans certaines de leurs nouvelles collections

La Maison Horlogère Nantaise, Akrone , reconnue pour son engagement en faveur de l'industrie horlogère française depuis sa création en 2015, a annoncé son choix de travailler avec France Ebauches pour intégrer leurs calibres dans certaines de leurs nouvelles collections dès la fin de l'année 2023.

Celui-ci recevra une personnalisation supplémentaire spécifique à la Maison Akrone. Ainsi, les ponts recevront un guillochage, les vis seront bleuies et la masse intégrera le logo Akrone avec une finition en rhodiage or.

En plus de cette collaboration, Akrone développe actuellement sa complication horlogère qui viendra s'intégrer au nouveau calibre FE dès 2024.

Mais ce n'est pas tout pour Akrone!

La maison horlogère a également exprimé son ambition de renouer avec l'Observatoire de Besançon pour travailler sur un cahier des charges visant à obtenir la prestigieuse certification Vipère de Besançon pour les calibres FE.

Akrone, envisage de proposer à l'avenir des collections entièrement fabriquées en France, avec pour corollaire la création d'emplois directs et indirects.

Une démarche qui témoigne de l'engagement d'Akrone envers la qualité et l'authenticité des mouvements horlogers fabriqués en France et un soutien à la filière horlogère française qui se concrétise en 2023 par son adhésion à la  Fédération de l'horlogerie.

 

sources documentaires :

Région Bourgogne-Franche-Comté, Inventaire du patrimoine / Dossier L-Poupard / Les Echos

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